Patrimoine Publié le 4 septembre 2026

Le Japon choisit le château de Hikone comme candidat pour 2028

Le château de Hikone, dans la préfecture de Shiga, a été retenu comme candidat japonais à une future inscription au patrimoine mondial de l’UNESCO. Présent sur la liste indicative depuis 1992, le site est désormais engagé dans une nouvelle étape décisive, avec l’objectif d’une inscription en 2028.

Le Japon choisit le château de Hikone comme candidat pour 2028
Photo : Drivephotographer / Wikimedia Commons — CC0
CULTURE · PATRIMOINE

Après plus de trois décennies d’attente, le château de Hikone, situé dans la préfecture de Shiga, franchit une étape majeure vers une possible inscription au patrimoine mondial de l’UNESCO. Le Conseil japonais des affaires culturelles a recommandé le site comme candidat du Japon, avec l’objectif d’une inscription en 2028.

À RETENIR

Hikone figure sur la liste indicative japonaise du patrimoine mondial depuis 1992. Sa candidature ne repose pas uniquement sur la valeur architecturale de son célèbre donjon : le Japon souhaite surtout présenter le site comme l’un des témoignages les mieux conservés du système de gouvernement des daimyō durant l’époque d’Edo.

Une candidature attendue depuis plus de trente ans

Le château de Hikone n’est pas un nouveau venu dans le processus du patrimoine mondial. Le site a été inscrit dès 1992 sur la liste indicative du Japon, qui rassemble les biens que le pays envisage de proposer à l’UNESCO.

Depuis, la préfecture de Shiga et la ville de Hikone travaillent à faire reconnaître la valeur du château à l’échelle internationale. Plus de trente années de recherches, de réflexions sur le périmètre du bien et de reformulations successives de sa valeur universelle ont été nécessaires pour parvenir à l’étape actuelle.

Le 3 septembre 2026, le Conseil japonais des affaires culturelles a recommandé le château de Hikone comme candidat du Japon au patrimoine mondial, ouvrant la voie à une décision formelle du gouvernement puis à la transmission définitive du dossier à l’UNESCO.

Cette distinction est importante : Hikone n’est donc pas encore officiellement candidat auprès de l’UNESCO. Le gouvernement japonais devra d’abord approuver formellement sa proposition. L’objectif affiché par les autorités locales et nationales reste néanmoins une décision du Comité du patrimoine mondial en 2028.

Bien plus qu’un donjon historique

Hikone est souvent présenté comme l’un des grands châteaux historiques du Japon. Son donjon, achevé au début du XVIIe siècle, fait partie des rares donjons originaux ayant traversé les siècles et bénéficie du statut de Trésor national du Japon.

Mais c’est précisément là que réside l’originalité du projet japonais : la candidature ne cherche pas seulement à faire reconnaître la beauté du donjon ou la qualité de son architecture militaire.

La valeur mise en avant porte sur un ensemble beaucoup plus large permettant de comprendre la manière dont un grand domaine japonais était administré pendant l’époque d’Edo. Autour du château subsistent notamment les douves, des éléments du système défensif, les espaces liés à l’administration du domaine ainsi que la structure historique qui organisait les rapports entre le seigneur, ses principaux vassaux et les institutions du fief.

La ville de Hikone souligne notamment la conservation remarquable de ce que les autorités chargées de la candidature qualifient de « zone politique » : un espace dans lequel le château n’apparaît plus uniquement comme une forteresse, mais comme le centre d’un véritable système de gouvernement territorial.

Le château comme centre du pouvoir des daimyō

C’est ce changement de perspective qui constitue le cœur de la candidature de Hikone.

Après les guerres qui avaient marqué la période précédente, l’établissement du shogunat Tokugawa au début du XVIIe siècle ouvre une période de stabilité politique qui durera plus de deux siècles. Dans ce système, les daimyō disposent d’une importante autonomie dans l’administration de leurs domaines, tout en restant soumis à l’autorité du shogun.

Le château devient alors autre chose qu’une simple infrastructure militaire. Il constitue le centre administratif, politique et symbolique du domaine. C’est depuis cet espace que s’organisent le gouvernement local, les relations avec les vassaux et une partie de la vie institutionnelle du fief.

Selon les autorités de Shiga chargées de défendre la candidature, Hikone représente aujourd’hui l’un des témoignages matériels les plus complets de cette organisation. Les douves, les espaces du pouvoir, les anciennes résidences des principaux responsables du domaine, le palais, les jardins et d’autres éléments de l’organisation historique permettent encore de lire la structure politique du territoire.

La candidature cherche ainsi à présenter le château comme le témoignage d’un système politique propre au Japon de l’époque d’Edo et de la longue période de stabilité qu’il a accompagnée.

La famille Ii, au cœur de l’histoire de Hikone

Cette dimension politique est indissociable de la famille Ii, qui dirigea le domaine de Hikone pendant l’époque d’Edo.

Les Ii appartenaient aux fudai daimyō, les familles de seigneurs historiquement les plus proches de la maison Tokugawa. Plusieurs de leurs membres occupèrent des responsabilités particulièrement importantes au sein du gouvernement shogunal.

Le plus célèbre demeure Ii Naosuke, treizième chef de la famille Ii et seigneur de Hikone, qui devint tairō — la plus haute fonction du gouvernement shogunal — et joua un rôle central dans l’ouverture du Japon aux puissances étrangères avant son assassinat à Edo en 1860.

À travers Hikone, c’est donc aussi l’histoire des rapports entre pouvoir central et autorités territoriales durant les dernières décennies du shogunat qui peut être observée.

Une candidature retravaillée après l’évaluation internationale

La reconnaissance de cette valeur n’a pourtant rien d’automatique. L’un des principaux enjeux pour Hikone a précisément consisté à démontrer pourquoi son histoire dépassait le seul cadre national et pouvait présenter une valeur universelle exceptionnelle, condition indispensable pour prétendre au patrimoine mondial.

Une demande d’évaluation préliminaire avait été soumise à l’UNESCO en septembre 2023. L’évaluation menée par l’ICOMOS, dont les conclusions ont été communiquées en octobre 2024, a ensuite conduit la préfecture de Shiga et la ville de Hikone à poursuivre le renforcement de leur dossier, notamment afin de mieux démontrer la valeur universelle exceptionnelle du site.

Ce mécanisme d’évaluation préliminaire permet aux États de bénéficier d’un avis technique avant la soumission définitive d’une candidature. Dans le cas de Hikone, le travail mené depuis cette étape a notamment porté sur la manière de présenter le château non comme un monument isolé, mais comme la matérialisation d’un système politique plus large.

La recommandation du 3 septembre 2026 constitue donc également l’aboutissement de plusieurs années de révision du projet de candidature.

Quelle différence avec le château de Himeji ?

La candidature de Hikone peut naturellement rappeler celle d’un autre château japonais beaucoup plus connu à l’international : Himeji, inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1993.

Les deux sites ne sont toutefois ni concurrents ni présentés pour les mêmes raisons.

Himeji est reconnu par l’UNESCO comme un exemple exceptionnel de l’architecture des châteaux japonais du début du XVIIe siècle. Son ensemble de bâtiments, ses systèmes défensifs et la qualité exceptionnelle de son architecture en bois constituent le cœur de sa valeur patrimoniale.

Pour Hikone, l’argument est différent. Si son architecture est elle aussi remarquable, le projet vise surtout à démontrer la fonction politique du château et sa capacité à témoigner du système de gouvernement des daimyō.

En d’autres termes, Himeji permet notamment de comprendre l’aboutissement architectural et défensif du château japonais du début de l’époque d’Edo ; Hikone ambitionne de montrer comment ce même type d’espace est ensuite devenu le cœur d’un système de gouvernement territorial pendant la longue période de stabilité du shogunat Tokugawa.

REPÈRES

1992 — Hikone est inscrit sur la liste indicative japonaise du patrimoine mondial.

Septembre 2023 — le Japon soumet à l’UNESCO une demande d’évaluation préliminaire.

Octobre 2024 — les conclusions de l’évaluation menée par l’ICOMOS sont communiquées au Japon.

3 septembre 2026 — le Conseil japonais des affaires culturelles recommande Hikone comme candidat du Japon au patrimoine mondial.

2028 — objectif fixé pour l’examen de la candidature par le Comité du patrimoine mondial.

Prochaine étape : l’UNESCO

La procédure est désormais appelée à s’accélérer. Une version provisoire du dossier doit être transmise à l’UNESCO, avant une approbation formelle de la candidature par le gouvernement japonais et l’envoi de la version définitive.

Le dossier entrera ensuite dans une nouvelle phase d’expertise internationale, avec notamment une évaluation de l’ICOMOS et une mission sur le terrain avant l’examen final par le Comité du patrimoine mondial.

Si le calendrier envisagé est respecté, la décision pourrait intervenir en 2028.

Pour Hikone, une inscription aurait évidemment des conséquences en matière de visibilité internationale et de fréquentation touristique. Mais l’enjeu défendu par les autorités locales dépasse cette seule dimension : il s’agit également de mieux préserver et transmettre l’organisation historique du site et de faire reconnaître à l’échelle mondiale une facette particulière de l’histoire politique japonaise.

Le patrimoine mondial japonais continue de s’étendre

La recommandation de Hikone intervient quelques semaines seulement après une autre étape importante pour le patrimoine japonais.

Le 26 juillet 2026, les anciennes capitales d’Asuka et Fujiwara, dans la préfecture de Nara, ont été inscrites sur la Liste du patrimoine mondial lors de la 48e session du Comité du patrimoine mondial.

Cette inscription est devenue le 27e bien japonais reconnu par l’UNESCO. Le pays compte désormais 22 biens culturels et 5 biens naturels.

Après Asuka et Fujiwara, qui permettent de remonter aux origines de la formation de l’État japonais, Hikone défend une autre séquence majeure de l’histoire du pays : celle de la construction d’un ordre politique stable sous les Tokugawa et du rôle joué par les grands domaines dans son fonctionnement.

Un château pour raconter l’époque d’Edo autrement

L’intérêt de la candidature de Hikone réside finalement dans cette ambition : dépasser l’image du château japonais comme simple monument militaire ou architectural pour en faire une porte d’entrée vers la compréhension du fonctionnement politique de l’époque d’Edo.

La conservation du site permet encore de lire la hiérarchie des espaces, l’organisation du pouvoir et le rôle joué par les daimyō dans un système mêlant autorité centrale du shogun et administration territoriale des domaines.

Après plus de trente ans d’efforts, Hikone vient donc de franchir une étape décisive. Il reste encore au Japon à transformer cette recommandation nationale en candidature officielle, puis à convaincre les experts internationaux de la portée universelle de ce patrimoine.

La décision attendue en 2028 dira si le château de Hikone peut rejoindre Himeji sur la Liste du patrimoine mondial — non pas comme son équivalent, mais comme le témoin d’une autre dimension essentielle de l’histoire des châteaux et du pouvoir au Japon.

Sources et références

Agence japonaise pour les Affaires culturelles · Ville de Hikone · Préfecture de Shiga · UNESCO, Centre du patrimoine mondial · Musée du château de Hikone