Du 25 août au 5 septembre 2026, la France et le Japon conduisent une nouvelle édition de l’exercice militaire bilatéral Brunet-Takamori. Organisé sur le terrain d’entraînement d’Ojojihara, dans la préfecture de Miyagi, cet exercice associe la Force terrestre d’autodéfense japonaise et des militaires français stationnés en Nouvelle-Calédonie.
À première vue, Brunet-Takamori 26 relève d’un entraînement tactique entre deux armées partenaires. Sa portée est pourtant plus large. Par sa régularité, la nature des capacités mobilisées et l’origine du contingent français, il témoigne de l’enracinement progressif de la coopération de défense franco-japonaise dans l’espace indopacifique.
Un entraînement opérationnel conduit dans la préfecture de Miyagi
L’exercice réunit la 6e division de l’armée de terre japonaise, rattachée à l’armée du Nord-Est, et des militaires des Forces armées en Nouvelle-Calédonie, notamment issus du Régiment d’infanterie de marine du Pacifique – Nouvelle-Calédonie.
Le programme comprend des entraînements au maniement et à la neutralisation de drones, des exercices de tir, des séquences de communication, des opérations de secours au combat ainsi que des manœuvres conjointes de recherche et de neutralisation de groupes adverses. Des entraînements au tir de mortier et à la protection d’installations sensibles ont également été organisés.
Une phase intégrée, conduite sans interruption du 1er au 3 septembre, a permis aux unités françaises et japonaises de mettre en pratique les procédures travaillées au cours des premiers jours. Selon les informations publiées par la préfecture de Miyagi, cette séquence s’est achevée le 3 septembre à 11 h 40, heure locale. Une cérémonie de clôture et un échange culturel autour du kendo sont programmés le 4 septembre.
À retenir
Brunet-Takamori 26 ne se limite pas à une démonstration symbolique. L’exercice travaille des capacités concrètes — drones, communications, secours au combat et manœuvres conjointes — afin de permettre aux forces françaises et japonaises de mieux agir ensemble sur le terrain.
De la relation diplomatique à l’interopérabilité militaire
L’enjeu central de ce type d’exercice est celui de l’interopérabilité. Des forces armées peuvent partager des objectifs politiques sans pour autant disposer des mêmes équipements, des mêmes procédures ou des mêmes habitudes opérationnelles. Les entraînements conjoints permettent précisément de réduire ces écarts.
Il s’agit d’apprendre à communiquer, à coordonner les chaînes de commandement, à partager une lecture commune du terrain et à intervenir selon des procédures compatibles. Dans cette perspective, la répétition des exercices importe autant que leur ampleur : elle transforme progressivement une proximité diplomatique en capacité réelle de coopération.
Brunet-Takamori s’inscrit ainsi dans une série d’entraînements organisés alternativement au Japon et en Nouvelle-Calédonie depuis 2023. Cette continuité installe une relation de travail durable entre les unités, au-delà des seules rencontres politiques ou déclarations communes.
La Nouvelle-Calédonie au cœur du dispositif français
La provenance du contingent français constitue l’un des principaux enseignements de l’exercice. Les militaires engagés ne viennent pas directement de métropole, mais des forces françaises prépositionnées en Nouvelle-Calédonie. Leur participation rappelle que la France n’est pas seulement un partenaire européen du Japon : elle est également une puissance présente de manière permanente dans l’Indopacifique.
Ses territoires ultramarins, ses ressortissants et ses forces armées donnent à Paris des intérêts directs dans la stabilité de la région. Pour Tokyo, coopérer avec la France permet donc de travailler avec un État européen disposant de capacités militaires déjà implantées dans le Pacifique.
Cette dimension territoriale distingue la relation franco-japonaise d’autres partenariats entretenus par le Japon en Europe. Elle offre également à la France la possibilité de démontrer que sa stratégie indopacifique repose sur une présence concrète et non sur une simple projection diplomatique extérieure.
Un prolongement du partenariat d’exception
L’exercice intervient quelques mois après la visite officielle du président Emmanuel Macron au Japon et la rencontre franco-japonaise du 1er avril 2026. À cette occasion, Paris et Tokyo avaient réaffirmé leur volonté d’approfondir leur « partenariat d’exception », notamment dans les domaines de la sécurité, de la défense et de la résilience économique.
Les deux gouvernements avaient également insisté sur l’interdépendance croissante entre la sécurité de l’espace euro-atlantique et celle de l’Indopacifique. Brunet-Takamori 26 constitue une traduction opérationnelle de cette lecture commune : les convergences exprimées au niveau politique sont prolongées par des exercices menés directement entre les forces.
La coopération franco-japonaise ne se limite d’ailleurs plus au seul domaine militaire. Elle concerne également l’intelligence artificielle, le spatial, les technologies duales, le nucléaire civil, les chaînes d’approvisionnement et les matières premières critiques. La défense s’insère ainsi dans une relation stratégique plus large, fondée sur la recherche d’autonomie, de résilience et de sécurité.
L’analyse de l’IFJRPC
Brunet-Takamori 26 montre que la coopération franco-japonaise entre progressivement dans une logique de normalisation opérationnelle. L’élément le plus significatif n’est pas uniquement la sophistication des manœuvres organisées, mais leur répétition et leur inscription dans la durée.
Pour le Japon, cette relation contribue à diversifier les partenariats de sécurité entretenus avec des pays partageant son attachement au droit international et à la liberté de circulation. Pour la France, elle permet de conforter sa crédibilité comme acteur militaire et diplomatique de l’Indopacifique.
Il convient néanmoins de ne pas réduire cet exercice à un message dirigé contre un État en particulier. La communication officielle des deux pays privilégie une formulation plus large : préserver un espace indopacifique ouvert et sûr, renforcer la stabilité régionale et défendre le respect des souverainetés nationales.
Dans un environnement régional marqué par la multiplication des tensions et des démonstrations de puissance, la capacité de partenaires éloignés géographiquement à conduire régulièrement des opérations conjointes devient elle-même un instrument diplomatique. Avec Brunet-Takamori 26, la France et le Japon montrent que leur partenariat ne repose plus seulement sur une communauté de principes, mais également sur des habitudes concrètes de coopération.
Sources
• Force terrestre d’autodéfense japonaise, « Outline of the Field Training Exercise with the French Army – Brunet-Takamori 26 », 28 juillet 2026.
• Préfecture de Miyagi, suivi quotidien de l’exercice Brunet-Takamori 26, actualisé le 3 septembre 2026.
• Ministère japonais des Affaires étrangères, rencontre franco-japonaise au sommet du 1er avril 2026.
• Ministère des Armées et Forces armées en Nouvelle-Calédonie, présentation de la coopération militaire franco-japonaise.