La conquête spatiale est un sujet qui a depuis longtemps largement captivé le monde. La NASA domine le secteur, et d’autres acteurs se sont également fait connaître par des prouesses particulières, comme l’ESA (European Space Agency) et sa sonde Rosetta. Mais qu’en est-il de la JAXA, la Japan Aerospace Exploration Agency ? Malgré ses moyens plus humbles et sa création relativement récente, l’agence spatiale japonaise a déjà accompli de grandes avancées scientifiques et semble destinée par le gouvernement de Takaichi Sanae à devenir non seulement un pilier du domaine spatial à l'internationale mais aussi un puissant vecteur de développement économique pour le pays.
Formée en 2003 par la fusion de trois entités distinctes, la JAXA est jeune mais bénéficie de l’expérience des institutions qui l’ont composée. L’institut des sciences spatiales et astronautiques, par exemple, a été impliquée dans de nombreuses missions depuis le début de ses recherches dans les années 60. Elle était à l’origine du premier satellite artificiel japonais Ōsumi, lancé en 1970, et des premiers lancements de sondes interplanétaires japonaises, Sakigake et Suisei, envoyées vers la Comète de Halley en 1985. La JAXA a aussi été constituée du Laboratoire national aérospatial du Japon et de L'Agence nationale de développement spatial du Japon, qui étaient principalement dédiées respectivement à l’aviation et à la création de satellites.
Pour l’année 2023, le budget de la JAXA était d’environ 219 milliards de Yens (environ 1,2 milliards d'euros), une maigre somme comparée à celui de la NASA pour la même année (environ 22 milliard d’euros). Pourtant, malgré ces différences de moyens, la JAXA a pu apporter une contribution substantielle à l’avancement de l’étude de l’espace depuis sa création. En 2015, elle a par exemple réussi sa première mission sur une autre planète lorsque la sonde spatiale Akatsuki est entrée en orbite autour de Vénus, envoyée pour étudier l'atmosphère de la planète et ses épais nuages d’acide sulfurique. Malgré un délai d’arrivée de 5 ans causé par une panne du moteur de la sonde survenue en plein vol, Akatsuki a rempli son rôle jusqu’à 2024, lorsque le contact a été perdu.
La même année, la sonde SLIM (Smart Lander for Investigating Moon) a atterri sur la Lune. Au prix d’environ 18 milliards de Yens (environ 100 millions d’euros), cette sonde légère avait pour but de mettre à l’épreuve un système de navigation automatique innovateur et de concrétiser l’idée d’alunissages de précision. En utilisant des algorithmes de traitements d’images spéciaux développés par la JAXA ainsi que des photos de la surface de la Lune collectées par le satellite lunaire Kaguya (lancé en 2007), la sonde SLIM a pu atterrir de manière autonome à seulement une centaine de mètres de son objectif initial. Résultat impressionnant, puisque les zones d’alunissages sont généralement de l’ordre de plusieurs kilomètres. En plus de faire du Japon le 5e pays à atteindre la Lune, SLIM a été une importante porte ouverte vers l’optimisation de l’exploration et de l’exploitation lunaire.
Actuellement, la JAXA se concentre sur deux missions d’exploration planétaires majeures : BepiColombo, en association avec l’ESA, lancée en 2018 pour orbiter Mercure, et Hayabusa2, succédant à Hayabusa pour rapporter des échantillons d’astéroïdes sur Terre. L’agence travaille activement avec la NASA, en fournissant des rovers pour les déplacements d’astronautes sur la surface de la Lune aux missions Artemis, avec l’Europe pour le projet “Comet Interceptor” et avec l’Inde pour le développement d’un rover lunaire. Elle a également développé le plus large module de la SSI, Kibō.
Le lancement d’une mission d’exploration de la lune martienne Phobos, ayant pour but d’en ramener des échantillons pour aider les scientifiques à comprendre ce à quoi notre système solaire ressemblait avant le début de la vie sur Terre, est prévu pour la fin de cette année, avec un retour planifié pour 2031.
Néanmoins, de nos jours, le développement de l’exploration spatiale n’est plus seulement mené par intérêt scientifique, mais est petit à petit également devenu une question de sécurité nationale et d’opportunités commerciales.
Dans un communiqué publié en 2025, l’OTAN a officiellement reconnu l’espace comme un nouveau domaine pesant dans les enjeux de défense. Les infrastructures spatiales sont en effet essentielles pour le bon fonctionnement des communications internationales, des transports et des armées (détection de missiles, ciblage, navigation, renseignements) et sont devenues ces dernières années des facteurs pouvant déterminer le résultat d’un conflit.
L’Inde, par exemple, prévoit de déployer une cinquantaine de satellites pour surveiller des zones d’intérêt d’ici 2028, et l’Allemagne à annoncé investir 35 milliards d’euros dans ses capacités de défense spatiale d’ici 2030.
Motivées par des incidents concrets, comme la cyberattaque de l’armée Russe contre le réseau de satellites de l’entreprise de communication américaine Viasat lors de l’invasion en Ukraine en 2022, ces évolutions se reflètent dans les récentes décisions du gouvernement de Takaichi Sanae au sujet du programme spatial japonais.
La première ministre a en effet joué un rôle déterminant dans les nouvelles initiatives gouvernementales ayant pour but de faire du Japon le deuxième pays le plus avancé en exploration spatiale, juste derrière les Etats-Unis. Déjà à l’époque de son mandat de ministre chargée de la Sécurité économique sous Kishida, elle avait largement contribué à établir les premières stratégies nationales en matière de sécurité spatiale. Elle a également affiché son soutien pour des grandes startups en lien avec la production, la gestion et l’entretien de satellites comme Synspective, Axelspace et Astroscale.
Le gouvernement Japonais vise une augmentation de la valeur de son industrie spatiale nationale de 8 billions de yens (environ 43 milliards d’euros) d’ici début 2030. Un Fond de Stratégie Spatiale géré par la JAXA d’un montant d'environ 5.4 milliards d’euros a été mis en place en 2024, avec l’ambition de faciliter la commercialisation de technologies innovantes et de faire du secteur de l’espace le successeur du secteur automobile comme moteur économique majeur du pays. L’actuelle ministre chargée de la Sécurité économique, Onoda Kimi, a déjà commencé à mettre en place des mesures de régulation du domaine spatial, le rendant plus prévisible par des engagements budgétaires sur plusieurs années afin d’encourager les investissements à grande échelle et de stimuler la demande. Des projets visant à étendre la couverture des indemnités versées pour les dégâts causés par des lancements de fusées sont également envisagés, afin de soutenir davantage les entreprises privées se tournant vers l’espace.
Le programme de fusées H3 s'intègre dans cette volonté de faciliter l'accès au secteur spatial. En développement depuis 2013 par la JAXA en collaboration avec des entreprises japonaises comme Mitsubishi Heavy Industries, ces fusées “faciles d'utilisation” ont été pensées pour être flexibles, rentables et efficaces. Les H3 ont déjà été utilisées pour envoyer des satellites en orbite terrestre, et sont envisagées dans d'autres projets comme le lancement de la sonde pour la mission d'exploration de la lune Phobos.
Le lancement de la septième fusée H3 en décembre de l'année dernière ayant échoué, le processus avait été suspendu le temps que le problème puisse être identifié. Un nouvel essai est prévu ce mercredi 10 juin à Kagoshima, et son bon déroulement sera crucial pour permettre au programme H3 de continuer sur sa lancée.
Par ailleurs, en plus des initiatives majeures du gouvernement de Takaichi, le marché de l’espace est de plus en plus porté par des projets d’entreprises privées. Axelspace, basée à Tokyo, à par exemple développé un réseau de 5 satellites en orbite prenant des photos des mêmes endroits sur Terres, principalement des surfaces agricoles, à intervalles de 2 à 3 jours. En utilisant les données ainsi récoltées, il est alors possible d'analyser les conditions d'exploitation et de prédire les récoltes.
Cette démarche a rencontré un franc succès même en dehors de son domaine initial. Des compagnies d'assurances, par exemple, envisagent de mobiliser cette méthode pour évaluer efficacement les dégâts causés par des accidents ou des catastrophes naturelles, pour ainsi calculer automatiquement le montant des indemnités à verser. Le secteur du bâtiment a également sollicité le service de l’entreprise afin de suivre l'avancement de larges projets de construction. Face à cette demande grandissante, Axelspace prévoit de lancer au moins 7 satellites supplémentaires cette année.
La multinationale française Safran a également fait parler d'elle l'année dernière après avoir construit une grande antenne capable de communiquer avec les satellites de la JAXA mais aussi avec des satellites d'entreprises japonaises. Elle peut ainsi proposer un service de gestion de satellites pour les startups et petites sociétés n'ayant pas les ressources de le faire elles-mêmes.
De fait, le secteur privé a donc endossé un rôle majeur dans la démocratisation de la commercialisation de l'espace, qui ne fera sans doute que prendre en ampleur dans les années qui viendront.
Par Elia Bauduin-Bert
Sources :
« Aero Show 2025: First Batch of Satellites under New Space Surveillance Programme to Be Launched by 2027-28 ». Deccan Herald. https://www.deccanherald.com/india/karnataka/bengaluru/aero-show-2025-first-batch-of-satellites-under-new-space-surveillance-programme-to-be-launched-by-2027-28-3402717
« Akatsuki, the Venus Climate Orbiter ». The Planetary Society. https://www.planetary.org/space-missions/akatsuki
« Budget of NASA ». 2026. Wikipedia. https://en.wikipedia.org/w/index.php?title=Budget_of_NASA&oldid=1348230725
Dey, Maitrayee. 2025. « (Japan Aerospace Exploration Agency) JAXA Statistics and Facts (2025) ». Sci-Tech Today. https://www.sci-tech-today.com/stats/jaxa-statistics/
« Germany to Invest €35 Billion in Space Defence Capabilities by 2030, Says Defence Minister - Defence Industry Europe ». 2025. https://defence-industry.eu/germany-to-invest-e35-billion-in-space-defence-capabilities-by-2030-says-defence-minister/
« JAXA 2024 Finance Report »
« Il y a 40 ans, Sakigake, la première sonde interplanétaire japonaise ». 2025. Air&Cosmos. https://air-cosmos.latribune.fr/article/espace/7109785183425/il-y-a-40-ans-sakigake-la-premiere-sonde-interplanetaire-japonaise
« ISRO and JAXA Gear Up for Joint Chandrayaan-5 / LUPEX Mission in the Technical Interface Meet ». https://www.isro.gov.in/ISRO_JAXA_CH5_Technical_Interface_Meet.html
« Japan’s 6th H3 Rocket Shown to the Media | NHK WORLD-JAPAN News ». NHK WORLD. https://www3.nhk.or.jp/nhkworld/en/news/20260524_14/ (6 juin 2026).
« Japan’s Evolving Space Industry: Opportunities and Government Support | W1M ». https://www.w1m.com/insights/japans-evolving-space-industry-opportunities-and-government-support/ (6 juin 2026).
« JAXA | International Space Station (ISS) and Japanese Experiment Module “Kibo” ». JAXA | Japan Aerospace Exploration Agency. https://global.jaxa.jp/projects/iss_human/kibo/ (8 juin 2026).
« MMX - Martian Moons eXploration ». MMX - Martian Moons eXploration. http://www.mmx.jaxa.jp/
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« NATO’s Approach to Space » nato.int https://www.nato.int/en/what-we-do/deterrence-and-defence/natos-approach-to-space (9 juin 2026).
« Russia behind Cyber Attack with Europe-Wide Impact an Hour before Ukraine Invasion | National Cyber Security Centre ». 2022. https://www.ncsc.gov.uk/news/russia-behind-cyber-attack-with-europe-wide-impact-hour-before-ukraine-invasion (9 juin 2026).
« Sky’s the Limit for Growing Space Industry | NHK WORLD-JAPAN News ». NHK WORLD. https://www3.nhk.or.jp/nhkworld/en/news/videos/20260605020905994/
« SLIM, Japan’s Precision Lunar Lander ». The Planetary Society. https://www.planetary.org/space-missions/slim-japans-precision-lunar-lander
« The Japan Aerospace Exploration Agency (JAXA) ». The Planetary Society. https://www.planetary.org/the-japan-aerospace-exploration-agency-jaxa